Hélicicide (08 et fin)

Et voilà, la boucle est bouclée : ce feuilleton a débuté avec le conte du lundi 116, et il se termine avec le conte du lundi 117 😉 !

Ce matin, notre fils nous a amené Louis en coup de vent, pour une semaine de vacances avec nous. Puis il a rapidement regagné Paris, son boulot, son boulot, il n’a jamais que ce mot là à la bouche. C’est sans doute pour cela que Elisabeth l’a quitté. Toujours est-il que Isabelle est restée auprès de Louis, ce qui m’arrange plutôt. Je préférais être seul pour mon entrevue avec Angélique.

Me voici donc à l’entrée du camping. Je suis déjà passé plusieurs fois devant en voiture, mais c’est la première fois que j’y viens. Du moins en journée, car c’est vrai que j’y suis venu cette nuit, mais cela ne compte pas.

C’est un petit camping. Tout au plus une trentaine d’emplacements. Aujourd’hui, il semble désert. Toutes les parcelles sont occupées, mais il n’y a que des tentes, aucune voiture. Sans doute les vacanciers sont-ils tous en vadrouille. Cela n’est pas pour me déplaire.

Personne à l’accueil. Seul un léger bruit se fait entendre, un bruit d’eau rafraîchissant. Je me dirige donc vers la piscine et au détour du bloc sanitaire, je la découvre, plus belle que dans mon souvenir. Inlassablement, elle enchaîne les allers-retours. Je me garde bien de l’interrompre et vais m’asseoir dans un transat, me contentant de la contempler.

Elle nage, l’air serein, sans se soucier de ce qui se passe autour d’elle. Cette sérénité est-elle réelle ou bien ne nage-t-elle pas justement pour oublier ses soucis ? Car des soucis, elle en a, et pas des petits !

Je pense que c’est Marguerite Duras qui disait, mais je ne sais plus ni où ni quand, je cite de mémoire : « Qui n’a pas eu envie d’un pastis après un bain de mer pris en Méditerranée ne sait pas ce que c’est qu’un bain de mer pris le matin en Méditerranée » . Je ne suis pas au bord de la Méditerranée, mais en Bourgogne. Toutefois, le soleil qui tape aujourd’hui à Vernot vaut bien celui du Sud. De plus, ce n’est pas un bain de mer, mais une simple piscine de camping. Enfin, ce n’est pas moi qui prend un bain, mais Angélique.

Pourtant, j’ai une terrible envie de pastis. Bien noyé. J’ai la gorge sèche comme je ne l’ai plus eue depuis mes derniers examens d’inspecteur de police. Et puis, j’ai besoin d’un peu d’alcool, pour me donner du courage. Je ne sais si c’est la femme ou la suspecte qui m’intimide ainsi. Je n’aurais pas dû penser à Marguerite Duras et à son pastis. Maintenant, j’en ai trop envie. Tant pis, je me lève et me dirige vers le bar à côté de la piscine. Il n’y a bien sûr personne derrière le comptoir, mais la bouteille de Ricard est accessible, ainsi que le frigo, dans lequel je trouve une carafe d’eau fraîche. J’y ajoute deux verres et retourne vers la piscine.

– Mais je vous en prie, ne vous gênez surtout pas !

Je m’arrête tétanisé. Elle est sortie de l’eau et se tient devant moi. Elle a enlevé le dessus de son maillot, et ses seins se dressent fièrement, me narguant. Je ferme les yeux, ce n’est plus de mon âge, vite, m’asseoir et me servir un pastis. Peut-être pas si noyé que cela, finalement. Je rouvre les yeux. A-t-elle eu pitié de mon embarras ? elle s’est enveloppée dans une sortie de bain.

– Excusez-moi. Vraiment ! Je ne voulais pas vous surprendre, mais je voulais vous parler… Pouvons-nous prendre l’apéro ensemble ?

– Ai-je le choix ? Allez, asseyons-nous ici et servez-nous un pastis, je crois que nous en avons besoin tous les deux.

Assis sur une chaise en fer autour d’une table ronde brinquebalante, nous trempons nos lèvres dans notre verre. Je ne sais pas elle, mais moi, je commence à me sentir mieux.

– Voilà. Je voulais vous rencontrer pour vous dire de ne plus vous inquiéter. J’ai tout compris et j’ai éliminé les indices compromettants.

– Excusez-moi, mais je ne vois pas de quoi vous voulez parler, me sourit-elle.

– Et bien, bredouillé-je, les escargots…

– Ah, c’est donc vous ! Je me disais bien qu’ils ne s’étaient pas échappés tout seuls. Notez, que je m’en doutais. Mais ce n’est pas bien grave, tout de même, une cinquantaine d’escargots.

– Vous n’aviez pas peur d’une analyse toxicologique ? Elle aurait pu montrer que vous leur donniez à manger de la jusquiame et de la belladone ?

Ce ne fut plus un sourire, mais un franc éclat de rire.

– Mon pauvre inspecteur ! Manifestement votre chef ne vous a pas mis au courant de sa visite d’hier soir ? Si vous ou lui étiez venu me voir plus tôt, toute cette histoire n’aurait pas pris de telles proportions ! Tout d’abord, j’avoue mon forfait : j’ai subtilisé une cinquantaine d’escargots à mon employeur. J’en ai offert une trentaine à un ami, et j’en ai gardé une vingtaine pour moi. Et rassurez-vous, je ne les ai jamais empoisonnés !

– Mais alors ?

– Et bien, voyez-vous, il y a deux questions que vous avez oublié de poser. Chez qui notre repas a-t-il eu lieu ? Et qui l’a préparé ? Même si vous ne les avez pas posées, je vais y répondre. C’est Pierre et Monique qui nous ont  invités à l’occasion de leur anniversaire de mariage, et c’est chez eux que nous avons mangé. C’est donc très logiquement Monique qui a préparé le repas. Elle avait préparé des escargots, mais, vous comprenez, moi, à force d’en voir tous les jours, je n’en ai pas mangé. J’ai cru qu’elle les avait achetés chez nous, mais hier votre chef, Danglard, c’est ça ?, m’a dit qu’en enquêtant au village, un de ses inspecteurs avait appris d’un gamin du village que Monique, le matin même, était allée courir l’escargot. Alors, vous comprenez, elle n’a bien sûr pas eu le temps de les faire jeûner ! C’est donc une triple intoxication alimentaire par négligence, et non pas trois meurtres comme vous l’avez certainement cru. Désolée de vous avoir fait perdre votre temps.

A ces mots, elle laisse tomber sa sortie de bain, et, sans même remettre le haut de son bikini, s’en va replonger dans la piscine, me laissant seul devant mon verre de pastis vide. Je me suis vraiment fait rouler comme un débutant. Mais par qui ? Par Angélique ou par Danglard ?

Un point me turlupine quand même : son absence d’émotion apparente quant au décès de celui qu’elle s’apprêtait à épouser…

8 pensées sur “Hélicicide (08 et fin)”

    1. Merci 🙂 ! Quant à une suite, je ne sais pas, je fonctionne à l’inspiration 😉 et celle-ci est hautement aléatoire. Par contre, reprendre le personnage de l’inspecteur, pourquoi pas ?

  1. Je me suis régalée de cette histoire d’escargots, d’autant plus que, dans la famille, il y a des experts et aussi des gourmets ! je connais bien le rituel du jeûne et le rinçage au vinaigre…
    J’espère que le meilleur inspecteur de France ne prendra pas sa retraite de sitôt !

  2. Et bien, c’est la fin des escargots, enfin de l’histoire, plutôt ! J’aime beaucoup les enquêtes et les textes à suivre. Alors, ne vous gênez pas pour continuer parce que c’est très amusant à lire.
    Merci beaucoup de ta participation et… à la prochaine !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *