Hélicicide (05)

Pour ce nouvel épisode, j’ai donc choisi un cinquième incipit chez Miletune, tiré cette fois de La liste de mes envies  de Grégoire Delacourt.

On se ment toujours.

Voilà ce que je me disais dans le train qui me ramenait vers Dijon.

Je me crois fort, mais je ne suis qu’un faible. Après mon deuxième côte-de-Beaune, j’ai voulu comparer avec un Macon. J’ai raté mon train. J’ai noyé mon dépit avec un Montrachet. J’ai raté un deuxième train. Je suis passé à l’eau minérale et ai attrapé de justesse le dernier train m’assurant une correspondance vers Is-sur-Tille. Continuer la lecture de « Hélicicide (05) »

Hélicicide (04)

Pour ce nouvel épisode, j’ai donc choisi un quatrième incipit chez Miletune, tiré cette fois de Jacques le fataliste et son maître  de Diderot.

Comment s’étaient-ils rencontrés ?

Je suis persuadé que si je parviens à trouver le lien qui unit Angélique et Brodeck, j’aurai fait un grand pas dans mon enquête ! En ce qui le concerne, son accent et ses références culinaires m’indiquent la nationalité belge. Donc, premier point commun entre les deux, mais une nationalité commune, même belge, ne suffit pas à élucider une affaire policière.

Ensemble sur les bancs de l’école ? Peu plausible. A vue de nez, il doit avoir une bonne trentaine d’années, et elle une dizaine en moins. C’est vrai qu’elle est fort jeune !

Le problème – est-ce l’âge ? – c’est que je suis grillé des deux côtés. Penser à la manière dont j’ai mené cette enquête jusqu’à présent me déprime et me donne envie de prendre ma prépension. Pour autant que ce soit encore possible l’année prochaine, quand j’aurai l’âge requis.

Voilà les sombres pensées que je rumine en sirotant un deuxième côte-de-Beaune (j’y prends goût depuis que je séjourne dans la région) au buffet de la gare du Nord, en attendant le train qui me ramènera à Dijon.

Il faut bien me rendre à l’évidence : j’en suis arrivé à un point où je dois me résoudre à demander de l’aide… Bien, si mes déductions sont correctes, si Brodeck est belge, il aura certainement pris la correspondance pour Bruxelles. L’idéal serait donc de pouvoir le prendre en filature dès sa sortie du TGV.

Bingo ! Pourquoi ne pas faire appel à Pol Demeesmaker, policier belge à la retraite à qui j’ai naguère rendu moult services ? Il me doit bien ça. Evidemment, avec ma chance habituelle, il sera certainement en villégiature à l’étranger ! Mais cela ne coûte rien d’essayer.

Rebingo ! Pol était là, sans rien de prévu dans son agenda, et à l’heure actuelle il doit être à la gare, juste à temps pour filer Brodeck. Il ne me reste plus qu’à attendre de ses nouvelles.

Hélicicide (03)

Sans doute est-il temps de donner un nom à « l’homme du train » ? Allons-y donc avec un troisième incipit proposé par Miletune, tiré aujourd’hui du Rapport de Brodeck, de Philippe Claudel.

– Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien.

J’ai été tellement surpris par son intervention que je n’ai pu m’empêcher de sursauter. Il est vrai que j’étais pris, au pied de la lettre, la main dans le sac. Pourtant quand je l’avais vu se lever pour aller au bout du wagon, j’ai cru que j’avais juste le temps de jeter un coup d’oeil dans le sac de voyage que lui avait donné Angélique. Mais voilà, peut-être les toilettes étaient-elles occupées et n’a-t-il pas eu la patience d’attendre qu’elles se libèrent.

– Excusez-moi, je crois que je me suis trompé de sac…

– Allons donc, un peu de franchise que diable ! Je sais très bien ce que vous vouliez faire. Mais je vous l’ai dit, je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien.

– Evidemment que vous n’êtes pour rien au nom que vous portez, ce n’est pas vous qui l’avez choisi.

– Dis donc, tu me prends pour une andouille ou quoi ? T’as les moules mais pas les frites ? Jusqu’à présent je me suis montré plutôt cool, mais ça pourrait changer ! Quand je te dis que j’y suis pour rien, c’est que j’y suis pour rien ! Et je n’ai même aucune info à te donner à propos de l’affaire qui t’intéresse. Compris ?

– Excusez-moi monsieur, mais je ne comprends pas de quoi vous voulez parler.

– Bon d’accord, t’as la moitié de tes neurones complètement ratatinés, et l’autre moitié n’a pas l’habitude de servir. Alors, que je t’explique : sur le quai de la gare de Is-sur-Tille, je t’avais déjà repéré à reluquer Aurélie. Mais quand j’ai vu qu’à Dijon tu prenais le même TGV que moi pour Paris, je me suis dit que cela faisait trop de coïncidences pour être honnête. Donc, maintenant, tu nous fous la paix, à Aurélie et à moi. Sinon, j’appelle la police.

Cela dit sans aucun humour. Il n’avait donc pas compris que je travaillais pour la police. Mais avec ses trente centimètres de plus que moi et ses trente ans de moins, je n’avais vraiment pas envie de poursuivre la discussion. J’ai donc préféré écraser et j’ai rejoint mon siège à l’autre bout du couloir, près des toilettes. Qui étaient bien sûr libres.

Qu’allais-je pouvoir faire avec ce monsieur Brodeck ?

Hélicicide (02)

Pour débuter ce deuxième épisode, j’ai choisi un nouvel incipit chez Miletune, tiré cette fois de Voyage au bout de la nuit de Céline. Pour ceux que cet incipit intéresse, je ne peux que vous conseiller la lecture de cet article sur le site du Nouvel Obs 😉 !

– Ca a débuté comme ça. Une banale intoxication alimentaire.

– Vous m’avez bien dit qu’il y avait eu trois morts ?

– Trois morts, c’est exact.

– On connaît la cause de cette intoxication ?

– Nous ne disposons pas encore des résultats complets de l’analyse toxicologique, mais ce qui est déjà certain, c’est que l’on a relevé chez chacune des victimes une concentration élevée d’alcaloïdes.

– Vous avez parlé de trois décès, mais combien de convives y avait-il ? Continuer la lecture de « Hélicicide (02) »

Hélicicide (01)

Les vacances sont là ! Et donc le temps et la motivation pour écrire aussi. Comme je souffre de procrastination chronique, pour m’aider dans cette bonne résolution, j’ai décidé de participer à l’un ou l’autre défi d’écriture en ligne. Mais pour corser le tout – est-ce une bonne idée ? l’avenir nous le dira – j’ai choisi de garder un même fil conducteur pour ces différents textes. Dans le temps, on appelait cela un feuilleton 😉 . Je dois avouer que je n’ai qu’une très vague idée de vers où je vais, ce sont les consignes d’écriture qui me guideront.

Aujourd’hui, pour ce premier texte, Lakevio, avec son conte du lundi, proposait la photo d’une jeune fille attendant, seule, sur le quai d’une gare. Chez Miletune, douze incipits de romans nous sont proposés pour débuter notre texte. J’ai choisi Quand sort la recluse de Fred Vargas.

« Trois morts, c’est exact » dit Danglard.

C’était bien ma veine que ce soit Danglard qui s’occupe de ces meurtres ! Lui seul était capable de me retrouver : quand je pars en vacances – en ce qui me concerne, les congés, c’est sacré ! – j’ai pour habitude d’effacer toute trace permettant d’identifier mon lieu de villégiature. Cette année, Vernot, un petit village de Bourgogne. Mais voilà, on n’est pas le premier flic de France pour rien, et Drangard n’avait pas seulement réussi à me localiser, mais il m’avait de plus convaincu de l’aider en filant pour lui la principale suspecte. Mais je dois reconnaître que le fait que les trois meurtres aient été commis à Vernot a pesé dans la balance et m’a décidé à accepter cette mission. Continuer la lecture de « Hélicicide (01) »

Telle sera prise celle qui croyait prendre

Première participation à l’atelier d’écriture en ligne Mil et une : écrire un texte à partir d’une illustration. Un mot à placer est proposé en plus de l’image aux personnes désirant corser l’exercice d’écriture. Cette semaine, il s’agit de cornélien.

Ce n’est un secret pour personne, sauf probablement pour la principale intéressée : je déteste ma belle-mère, d’une haine qui prit racine dès notre première rencontre, lorsque Michel me la présenta. Ou plus exactement lorsque Michel me présenta à sa mère, car il ne faut pas inverser les pôles d’attraction ! Elle ne me l’a jamais avoué, mais elle ne me supportait pas rousse, alors que je ne suis qu’auburn, c’est dire si elle est de mauvaise foi !

Par contre, elle ne s’est jamais privée de critiquer la citadine que j’étais, que je suis et que je resterai. Pour elle ne comptait que son jardin, dans lequel elle passait le plus clair de son temps. Avant notre mariage, lorsque nous rendions visite aux parents de Michel – chaque week-end, bien entendu – dès notre arrivée, elle le monopolisait et c’est bras dessus bras dessous que mère et fils passaient leur temps au jardin, elle lui faisant admirer son potager, lui la félicitant pour ses rosiers. Quant à moi, je préférais rester à l’intérieur en compagnie du père de Michel, pauvre homme taciturne qui n’avait pas grand chose à dire chez lui. Il était tout heureux de trouver quelqu’un avec qui parler de littérature (notre passion commune) ou de résistance des matériaux (il était ingénieur). Continuer la lecture de « Telle sera prise celle qui croyait prendre »