Dans le café de la jeunesse perdue (Patrick Modiano)

Dans le café de la jeunesse perdue

Patrick Modiano

Gallimard – 2007

160 pages

Quatrième

Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. Une voix rauque. Elle traîne un peu sur les syllabes et je la reconnais tout de suite : la voix de Louki. Je me retourne, mais il n’y a personne. Pas seulement le soir, mais au creux de ces après-midi d’été où vous ne savez plus très bien en quelle année vous êtes. Tout va recommencer comme avant. Les mêmes jours, les mêmes nuits, les mêmes lieux, les mêmes rencontres. L’Eternel Retour.

Incipit

Des deux entrées du café, elle empruntait toujours la plus étroite, celle qu’on appelait la porte de l’ombre. Elle choisissait la même table au fond de la petite salle. Les premiers temps, elle ne parlait à personne, puis elle a fait connaissance avec les habitués du Condé dont la plupart avaient notre âge, je dirais entre dix-neuf et vingt-cinq ans. Elle s’asseyait parfois à leurs tables, mais, le plus souvent, elle était fidèle à sa place, tout au fond.

Mon avis

Il y a des périodes comme cela, où la guigne me poursuit dans le choix de mes livres. 2018 ne s’était pas trop bien terminée, 2019 a commencé de la même manière. Pourtant, quand j’ai vu que le mot choisi pour le challenge Un mot, des titres était café, je me suis dit que c’était l’occasion idéale de découvrir Patrick Modiano, que je ne connaissais que de nom. Un Prix Nobel de littérature (en 2014), excusez du peu ! Las… je m’étais réjoui trop vite…

Oserais-je le dire ? Je me suis profondément ennuyé dans cette histoire…

D’abord, le narrateur change presque à chaque paragraphe, ce qui, en soi, peut être intéressant comme procédé littéraire, mais le lecteur non prévenu nage en pleine confusion avant de s’en rendre compte. A cette confusion des narrateurs se mêle une déstabilisante confusion temporelle : la chronologie des « événements » est telle-ment chahutée que je me suis demandé si l’auteur n’avait pas lui-même trop fréquenté ce café, sans y faire preuve de tempérance ! J’ai mis des guillemets autour de événements, car, à vrai dire, il ne s’y passe pas grand chose dans ce roman…
Mais ce qui m’a compètement éreinté dans la lecture de ce livre, c’est l’importance démesurée donnée à la géographie parisienne. Je veux bien croire que pour un.e Parisien.ne, cela peut être jouissif d’ainsi voir sa ville être un personnage à part entière du roman, mais pour un pauvre étranger qui ne connaît de Paris que ses hauts lieux touristiques, une carte détaillée était le minimum syndical que nous sommes en droit de revendiquer. (C’est vrai, ça, c’est peut-être une idée intéressante : créer un Syndicat des Lecteurs, afin de mieux négocier notre plaisir littéraire avec les Auteurs 😉 )
Bref, comme c’est un prix Nobel et que je ne traversais peut-être pas une période propice aux découvertes littéraires trop ardues, je laisserai à Patrick Modiano une seconde chance…

L’avis d’autres blogueurs

En lisant le billet de Kate, je me suis d’abord réjoui de lire qu’un autre lecteur partageait mes observations : « l’appréhension du temps demeure incertaine » – « l’espace parisien minutieusement cartographié » – « L’intrigue n’est qu’un mince fil annexe » . Mais sa conclusion est complètement opposée à la mienne : « Modiano poursuit brillamment l’éternelle recherche de sa jeunesse perdue ». En ce qui me concerne, le « brillament » passe mal…

Pour Titou : « Je pense qu’il s’agit d’un style d’écriture particulier, une sorte de description des moments éphémères empreinte de nostalgie, auquel tout le monde n’accrochera pas. Mais j’ai bien aimé. » Tout à fait d’accord avec elle : on accroche ou pas…

Pour Le livre d’après, ce roman parle d’ « une vie banale, que l’auteur sublime pourtant » .

Sur mes brizées, même si elle avoue avoir été prise sous le charme et avoir aimé le phrasé,  a « fermé le livre avec regret » , mais je ne suis pas certain si c’était le regret que roman fût si court ou si c’était parce qu’il s’agissait d’un rendez-vous raté…

Vous comprendrez que je ne partage pas du tout l’avis de Fab : « Avec Patrick Modiano, on n’est jamais déçu. On sait à quoi s’attendre. » Bon, si c’est comme cela, pas sûr que je donnerai une seconde chance à Modiano… D’autant que Bricabook abonde dans le même sens : « Si vous aimez Modiano, vous ne serez pas déçu par ce roman. » Donc, puisque j’ai été déçu, cela signifie que je n’aime pas Modiano ?

Mes impressions de lecture reconnaît qu’il s’agit d’un texte « qui déconcerte un peu le lecteur« , mais parle d’un « texte policé, fluide, allusif » .

Miss Alfie est plus réservée : « Une fois refermé ce roman, je ne savais pas vraiment si je l’avais aimé ou non » .

Pour Nuages et Vent, ‘C’est une extraordinaire recréation de lieux où l’on vit. »

Ailleurs sur la toile

Je n’ai pas trouvé dans la presse d’avis négatifs. Alors, juste deux articles dythirambiques, dans Telerama et dans Le Monde. Mais qui ne m’ont pas convaincu 🙁 …

Challenges et défis

Je l’ai dit plus haut, si j’ai choisi de lire ce livre, c’était pour participer au challenge Un mot, des titres, le mot choisi étant café.

 

Mais ce roman constituera également ma troisième participation au Petit Bac 2019, dans la catégorie LIEU.

2 pensées sur “Dans le café de la jeunesse perdue (Patrick Modiano)”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *