Helena (Jérémy Fel)

Helena

Jérémy Fel

Rivages – 2018

732 pages

Quatrième

Kansas, un été plus chaud qu’à l’ordinaire.
Une décapotable rouge fonce sur l’Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l’ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s’échappent d’une cave. Des rêves de gloire naissent, d’autres se brisent.
La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue.
Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial.
Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres…
Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire.
Et il y a Helena…

Jusqu’où une mère peut-elle aller pour protéger ses enfants lorsqu’ils commettent l’irréparable ? Après Les loups à leur porte, Jérémy Fel aborde cette vertigineuse question dans une grande fresque virtuose aux allures de thriller psychologique.

Incipit

Agenouillé au-dessus de sa proie, Tommy respira à pleins poumons les odeurs métalliques de son nouveau royaume. Sa tête tournait encore sous les effets de l’alcool. Il ferma les yeux et savoura le silence si particulier qui régnait entre les murs du vieil abattoir, pour un temps à l’abri de la fureur du monde, seulement concentré sur celle qui, confinée dans son propre corps, en jaillirait un jour et le laisserait enfin en paix.

Mon avis

Il est très difficile de chroniquer une lecture qui date de près de trois mois (j’ai terminé la lecture de ce roman le 2 novembre, heureusement, j’avais pris quelques notes). D’autant plus difficile que je n’ai pas aimé. Pas du tout. C’est peut-être d’ailleurs pour cela, finalement, que je tenais à rédiger ce billet. Parce que je me sentais un peu coupable de ne pas avoir aimé, alors que la grande majorité des avis étaient élogieux…

Bien sûr, l’intrigue peut être considérée comme prenante, mais on devine tellement derrière elle le tâcheron qui s’applique, qu’il s’opère chez le lecteur une sorte de dédoublement de la personnalité. Il y a l’amateur de thriller, qui, c’est vrai, je le reconnais, ne cesse de tourner les pages, avide qu’il est d’en avoir fini avec cette intrigue. Mais il y a aussi l’amateur de littérature qui n’en peut plus devant tant de clichés éculés, devant l’absence de crédibilité psychologique des personnages, devant les épisodes inutiles qui font penser à du remplissage. C’est l’amateur de thrillers qui a gagné, puisque j’ai terminé ce roman, mais j’étais heureux de l’avoir simplement emprunté et non pas acheté.

Regrettons aussi qu’il y ait beaucoup de passages glauques qui n’apportent rien, ni à la compréhension de l’histoire ni à la psychologie des personnages. Et dans cette catégorie, la palme revient certainement à la description du gangbang. S’agit-il d’un forme de raccolage ? Ou bien l’auteur voulait-il simplement faire noir, plus noir que noir ?

Et le titre, me direz-vous ? Qui est cette Helena ? Eh bien, il faut attendre l’épilogue (et donc la page 487 sur 511 !) pour en entendre parler. Et encore, le peu qui en est dit ne justifie pas, à mon humble avis, que le roman porte le nom de la mère de Hayley. Bon d’accord, il est beaucoup question d’amour maternel dans ce roman, amour étouffant ou amour absent, mais de là à imaginer une relation freudienne comme ressort de l’intrigue…

L’avis d’autres blogueurs

Parole d’abord à la majorité : les blogueuses et blogueurs ont majoritai-rement aimé, voire adoré ce roman !

Pour Bricabook, c’est habile, très habile, bref du grand art ! Brillantissime, bouleversant, terrassant : c’est l’avis de Caroline. Tellement bien écrit pour Chinouk. Bref, c’est un véritable plaisir de lecture, dixit AlexandreNicole abonde : Ce que réalise Jérémy Fel est phénoménalLea, quant à elle, n’a pas peur de l’affirmer : cet auteur est incontestablement un des plus grands écrivains français de notre temps. Avis partagé par Kabaret Kulturel : cet auteur est follement génial. Un petit dernier pour la route avec Lili Galipette ? Ce second roman de Jérémy Fel ressemble à s’y méprendre, dans certains chapitres, à du Stephen King et à du Joyce Carol Oates.

Bref, face à ce tsunami d’éloges, vous comprendrez que je me sentais bien mal à l’aise d’avoir si peu aimé… Mais en cherchant bien, j’ai quand même trouvé quelques avis nettement plus mitigés, mais vraiment très peu. Ainsi, Cannibales Lecteurs : ces 700 pages m’ont paru interminables, surchargées de développements sans fin et de justifications psychologiques aussi superficielles que redondantes. Et je m’en voudrais de ne pas citer Fleur : Les personnages ne relèvent aucunement le triste niveau de ce roman. Ils sont creux, n’ont rien de réaliste ou d’intéressant.

Ailleurs sur la toile

La presse aussi est dithyrambique !

Les Inrockuptibles parlent de roman impressionnant, de fiction fascinante et jouissive, jusqu’au vertige.

Pour Le Monde, c’est un thriller rythmé de scènes tranchantes, hypnotique et effrayant.

Un peu plus réservé (« quelques grosses ficelles éculées », « valse-hésitation entre deux genres »), L’Echo demeure globalement positif : un récit singulier et troublant.

Il n’y a vraiment que Diacritik pour être franchement négatif : comme un idiome fou et impossible reproduisant sinon mimant le romanesque américain le plus éculé, le sous-titre idéal d’Helena pourrait être, en hommage cruel et involontaire à Ionesco : Le Roman américain sans peine. Et si vous voulez comprendre la référence à Ionesco, je vous invite vivement à lire l’article en entier !

Enfin, pour terminer, la parole est à la défense : peut-être vous laisserez-vous convaince par cette interview de l’auteur lui-même, proposée par Babelio ? Ou par cette autre, sur La Libre ?

Challenges et défis

Une autre raison pour laquelle je tenais à rédiger ce billet – du moins si rapidement – c’est que la fin du mois de janvier est toute proche et que cela signifie que le temps commence à manquer pour participer  au Challenge 1% de la Rentrée Littéraire 2018. Bon d’accord, après le non-enthousiasme de La vraie vie, me voici avec une vraie déception 🙁 .

Mais Helena, c’est aussi ma première participation au Petit Bac 2019, dans la catégorie Prénom.

Et même si je n’ai pas aimé, cela reste un thriller, et à ce titre il mérite de participer au challenge Polar et Thriller 2018-2019.

Enfin, c’est une réponse possible à la question Devinez qui j’ai rencontré, la proposition de Lire sous la contrainte.

4 pensées sur “Helena (Jérémy Fel)”

    1. C’est très difficile pour moi de ne pas terminer un roman, même si je ne suis pas emballé. Si je n’arrive pas au bout, c’est que je n’aime vraiment pas, mais alors vraiment pas 🙁 🙁 !

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