Si je mourais là-bas… (Guillaume Apollinaire – Jean Ferrat)

Je pensais bien connaître Jean Ferrat, et voilà que grâce à Lilou (merci à elle), je découvre une chanson que je ne connaissais pas. Particulièrement de circonstance en ce jour de commémoration, puisque Guillaume Apollinaire y évoque sa mort éventuelle sur le front. Triste ironie de l’histoire, blessé d’un éclat d’obus le 17 mars 1916, il est mort le 9 novembre 1918, non pas des suites directes de sa blessure, mais de la grippe espagnole. Mais il est vrai que son organisme était toujours affaibli par sa blessure. Suprême ironie de l’Histoire : alors qu’il agonise par asphyxie, les Parisiens défilent sous ses fenêtres en criant « À mort Guillaume ! », faisant référence non au poète mais à l’empereur Guillaume II d’Allemagne qui a abdiqué le même jour. (source : Wikipedia)

La mise en musique de Jean Ferrat, elle, date de 1967.

Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté

Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
– Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur –
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie

30 janv. 1915, Nîmes.

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