Hélicicide (06)

Sixième et dernier incipit chez Miletune, tiré cette fois de Déclic  de Patrick Cauvin. Dernier incipit, mais pas dernier épisode : ce « feuilleton » se terminera dans deux jours 😉 !

Ils étaient une vingtaine. Au moins ! Tapis dans l’ombre. En silence. Comme s’ils m’attendaient. Ils ne savaient pourtant pas que j’allais venir, puisque je ne le savais pas moi-même.

A mes côtés, Isabelle continuait de ronfler inlassablement. Quant à moi, impossible de dormir. Je ressassais ce ce qu’elle m’avait appris tout à l’heure. Elisabeth, la propriétaire de notre chambre d’hôtes, officiait deux fois par semaine au village comme bibliothécaire. C’est ainsi qu’elle avait fait la connaissance d’Angélique l’année dernière. Elles étaient devenues amies, malgré la différence d’âge. Angélique avait lamentablement raté sa première année d’Ecole Supérieure, avait décidé d’arrêter ses études et de travailler. Mais de cela, pour ses parents, il n’en était pas question. Elle devait au minimum passer sa seconde session afin de prouver sa bonne volonté. Mais bon, puisqu’elle voulait travailler, il n’y avait plus de raison pour continuer à subvenir à ses besoins. En conséquence de quoi, ils lui avaient coupé les vivres. Désemparée, un beau matin de juillet, elle avait quitté le nid familial pour partir à l’aventure, en stop. C’est ainsi que le jour même au soir, elle était arrivée à Vernot. Elle avait demandé le gîte au camping, ce que Jean Nolain avait été trop heureux de lui accorder. Ils étaient tous les deux en manque : Angélique lui avait offert un peu d’affection, Jean lui avait offert un toit et du travail. On ne bâtit pas là dessus une grande histoire d’amour, mais une vie de couple raisonnable était possible.

Angélique n’était pas paresseuse, et comme son travail au camping lui laissait pas mal de temps libre, elle s’était fait engager à l’escargotière du village. Avantage non négligeable : cela lui donnait une certaine autonomie financière.

C’est ainsi qu’elle avait fait la connaissance de Brodeck, jeune Belge venu faire un stage. Entre eux deux, cela avait été le coup de foudre immédiat. Mais Angélique était redevable à Jean Nolain de sa nouvelle vie. Elle était donc déchirée entre son amour pour Brodeck et sa dette morale envers Jean Nolain. Comment pouvait-elle s’en sortir ?

Immobile dans mon lit, je ruminais toute cette histoire. De plus en plus énervé, j’ai finalement décidé de me lever. Cherchant un peu de lecture, je suis tombé sur le cahier de vacances que nous avons acheté pour notre petit-fils, qui doit nous rejoindre la semaine prochaine.

Je crois que c’est cette lecture qui m’a décidé de me rendre sans plus tarder chez Angélique.

Ils étaient une vingtaine, peut-être même plus. Mon instinct de vieux limier ne m’avait donc pas trompé. Rapidement, je les ai tous mis dans le sac en plastique que j’avais pris avec moi.

Sur le chemin de retour vers notre chambre d’hôtes, j’ai relâché au bord de la route cette vingtaine de gros escargots de Bougogne ( Helix pomatia ) qui se sont sûrement demandé ce qui leur arrivait… J’aurais pu les écraser d’un pied vengeur, quel bel hélicicide cela aurait fait ! Mais je n’en ai pas eu le coeur…

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