Hélicicide (03)

Sans doute est-il temps de donner un nom à « l’homme du train » ? Allons-y donc avec un troisième incipit proposé par Miletune, tiré aujourd’hui du Rapport de Brodeck, de Philippe Claudel.

– Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien.

J’ai été tellement surpris par son intervention que je n’ai pu m’empêcher de sursauter. Il est vrai que j’étais pris, au pied de la lettre, la main dans le sac. Pourtant quand je l’avais vu se lever pour aller au bout du wagon, j’ai cru que j’avais juste le temps de jeter un coup d’oeil dans le sac de voyage que lui avait donné Angélique. Mais voilà, peut-être les toilettes étaient-elles occupées et n’a-t-il pas eu la patience d’attendre qu’elles se libèrent.

– Excusez-moi, je crois que je me suis trompé de sac…

– Allons donc, un peu de franchise que diable ! Je sais très bien ce que vous vouliez faire. Mais je vous l’ai dit, je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien.

– Evidemment que vous n’êtes pour rien au nom que vous portez, ce n’est pas vous qui l’avez choisi.

– Dis donc, tu me prends pour une andouille ou quoi ? T’as les moules mais pas les frites ? Jusqu’à présent je me suis montré plutôt cool, mais ça pourrait changer ! Quand je te dis que j’y suis pour rien, c’est que j’y suis pour rien ! Et je n’ai même aucune info à te donner à propos de l’affaire qui t’intéresse. Compris ?

– Excusez-moi monsieur, mais je ne comprends pas de quoi vous voulez parler.

– Bon d’accord, t’as la moitié de tes neurones complètement ratatinés, et l’autre moitié n’a pas l’habitude de servir. Alors, que je t’explique : sur le quai de la gare de Is-sur-Tille, je t’avais déjà repéré à reluquer Aurélie. Mais quand j’ai vu qu’à Dijon tu prenais le même TGV que moi pour Paris, je me suis dit que cela faisait trop de coïncidences pour être honnête. Donc, maintenant, tu nous fous la paix, à Aurélie et à moi. Sinon, j’appelle la police.

Cela dit sans aucun humour. Il n’avait donc pas compris que je travaillais pour la police. Mais avec ses trente centimètres de plus que moi et ses trente ans de moins, je n’avais vraiment pas envie de poursuivre la discussion. J’ai donc préféré écraser et j’ai rejoint mon siège à l’autre bout du couloir, près des toilettes. Qui étaient bien sûr libres.

Qu’allais-je pouvoir faire avec ce monsieur Brodeck ?

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