Hélicicide (01)

Les vacances sont là ! Et donc le temps et la motivation pour écrire aussi. Comme je souffre de procrastination chronique, pour m’aider dans cette bonne résolution, j’ai décidé de participer à l’un ou l’autre défi d’écriture en ligne. Mais pour corser le tout – est-ce une bonne idée ? l’avenir nous le dira – j’ai choisi de garder un même fil conducteur pour ces différents textes. Dans le temps, on appelait cela un feuilleton 😉 . Je dois avouer que je n’ai qu’une très vague idée de vers où je vais, ce sont les consignes d’écriture qui me guideront.

Aujourd’hui, pour ce premier texte, Lakevio, avec son conte du lundi, proposait la photo d’une jeune fille attendant, seule, sur le quai d’une gare. Chez Miletune, douze incipits de romans nous sont proposés pour débuter notre texte. J’ai choisi Quand sort la recluse de Fred Vargas.

« Trois morts, c’est exact » dit Danglard.

C’était bien ma veine que ce soit Danglard qui s’occupe de ces meurtres ! Lui seul était capable de me retrouver : quand je pars en vacances – en ce qui me concerne, les congés, c’est sacré ! – j’ai pour habitude d’effacer toute trace permettant d’identifier mon lieu de villégiature. Cette année, Vernot, un petit village de Bourgogne. Mais voilà, on n’est pas le premier flic de France pour rien, et Drangard n’avait pas seulement réussi à me localiser, mais il m’avait de plus convaincu de l’aider en filant pour lui la principale suspecte. Mais je dois reconnaître que le fait que les trois meurtres aient été commis à Vernot a pesé dans la balance et m’a décidé à accepter cette mission.

Et c’est ainsi que je me retrouve cet après-midi sur le quai de cette gare perdue au milieu des vignobles. Seul. Ou presque. Normal : tout le monde est devant son petit écran, à soutenir les Français contre les Croates. A part moi, il n’y a donc qu’ Angélique. Difficile, évidemment, de procéder à une filature discrète dans ces conditions. Impossible de me fondre dans la foule ! Je ne pouvais compter que sur mon physique, d’une banalité affligeante, sur mon embonpoint et sur mon âge. Je n’avais rien d’un inspecteur de police efficace, je ressemblais plutôt à un grand-père un peu perdu, qui n’a plus pris le train depuis longtemps, qui s’en va quelques jours à la capitale rejoindre son petit-fils, cadre dans une banque internationale. Voilà en tout cas l’histoire que je lui ai servie. Car il est inutile de finasser quand on n’est que deux sur un quai. La meilleure défense étant l’attaque (ce n’est pas Didier Deschamps qui me contredira), je m’étais immédiatement approché d’elle, lui demandant si c’était bien le train vers Dijon qui allait entrer en gare. Elle avait opiné de la tête, puis n’avait prêté qu’une opinion polie à mon histoire, ne cessant de regarder nerveusement sa montre. Espérant avoir ainsi endormi ses éventuels soupçons, j’étais allé m’asseoir à l’ombre en attendant le train.

Pour tromper mon ennui tout autant que par conscience professionnelle, je ne cessais de l’observer. Il faut avouer qu’il y a des spectacles plus désagréables : mignonne et court vêtue, rien à voir avec Bobonne. Mais ma femme, elle, pour autant que je le sache, n’a jamais tué personne ! Alors que Angélique, aussi incroyable que cela puisse paraître – on lui aurait donné le bon Dieu sans confession – est bel et bien suspectée de trois meurtres. Ce qui explique sans doute sa nervosité.

Mais voilà qu’au loin le train approche. Angélique semble avoir retrouvé un peu de sérénité. Elle attend maintenant calmement que le train s’arrête devant elle, ne semblant prêter guère d’attention au sac posé par terre derrière elle. Je ne puis attendre trop longtemps assis sur mon banc, au risque de devoir me ruer dans le train avant son départ : une telle précipitation ne cadrerait pas avec le personnage que je me suis choisi.

Bien m’en a pris : à peine suis-je debout que le train s’arrête devant nous dans un bruit de freins épouvantable. Et brusquement, les événements s’emballent. Au moment même où la portière s’ouvre, Angélique se retourne, saisit son sac, s’avance vers l’homme qui descend du train, lui tend le sac, l’embrasse peut-être mais je suis tellement surpris qu’il ne reste en moi qu’une impression fugitive de ce baiser, fait demi-tour et s’engouffre dans la gare au moment où l’homme est déjà remonté dans le train, le sac d’Angélique à la main.

Trente secondes. Pas une de plus ! C’est le temps que j’avais pour me décider. Que devais-je faire ? M’en aller moi aussi et suivre Angélique ? Ou bien suivre l’homme et monter dans le train ? Après quarante ans de carrière, on ne perd plus son temps à réfléchir, on agit à l’instinct. Une minute plus tard, assis sur la banquette en face de l’homme à qui Angélique a confié son sac, je sais que j’ai pris la bonne décision. Après l’histoire que je lui ai racontée, mon petit-fils qui m’attend à Paris, j’étais grillé. Je n’aurais rien trouvé de plausible à lui dire pour expliquer pourquoi je n’avais pas pris le train.

Derrière moi, un groupe de jeunes écoutent la radio, volume à fond. Je me fiche pas mal du foot, mais je suis content que la France est championne du monde. Ce n’est pas que je sois superstitieux, mais je trouve que c’est de bon augure pour mon enquête.

9 pensées sur “Hélicicide (01)”

    1. Un tout grand merci pour vos encouragements ! Sans eux, peut-être n’aurais-je pas eu le punch de poursuivre ce défi, car, vous l’ai-je dit ?, je suis de nature particulièrement velléitaire 🙁 . Bref, je viens de publier le deuxième épisode 😉 .

    1. Désolé, je viens seulement de repérer ton commentaire dans le dossier spam 🙁 . Si tu es revenu chez moi depuis, tu auras vu qu’il y a un épisode par jour. Normalement, lundi (c’est-à-dire demain 😉 ) ce sera le point final !

  1. je n’avais pas laissé de commentaire lundi et pourtant j’avais lu ton histoire avec intérêt ! Je vais donc aujourd’hui suivre les événements jusqu’au bout…

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