Le son du cor (Sarban)

Le son du cor
(Sound of his horn, Traduit de l’anglais par Jacques de TERSAC)

SARBAN

Opta – 1970 (Edition originale : 1952)

Livre de poche N° 7028

194 pages

 

Quatrième

« C’est la terreur qui est indicible ! » Avec cette simple phrase énigmatique, un homme, un soir de 1949, entame un récit extravagant et atroce. Il raconte à ses amis comment, au début de la guerre, il a réussi à s’évader du camp allemand où il était prisonnier pour se retrouver…en l’an 102 du Premier Millénaire Germanique, dans un univers futur où les nazis ont triomphé, où ils dominent le monde entier. Comment il a rencontré le sinistre Gauteiler de Gasconie, Grand Maréchal de Louveterie du Reich, comment il est devenu un gibier humain traqué dans les immenses forêts d’une Europe méconnaissable…

Incipit

« C’est la terreur qui est indicible ! »
Nous avons tous regardé Alan Querdilion.
C’était la première fois qu’il prenait part à la conversation ; presque la première fois qu’il parlait depuis le début du dîner. Il s’était contenté de rester assis, à fumer sa pipe et à regarder tour à tour ceux qui parlaient, avec sur leur visage cet air d’étonnement mitigé qui lui était maintenant devenu habituel : une air qui me rappelait moins l’innocence enfantine que la simplicité du sauvage pour lequel l’étrangeté de votre voix est une surprise qui distrait son attention et l’empêche de saisir le sens de vos paroles. Après avoir observé cette expression pendant trois journées consécutives, j’avais compris ce que sa mère avait en tête quand elle m’avait dit, en confidence et avec quelque tristesse, que les Allemands, en 1945, n’avaient pas complètement libéré Alan de sa prison.

Mon avis

Je voudrais d’abord indiquer que, même s’il y avait longtemps que je n’en avais plus lu, j’ai toujours été un grand amateur-de science-fiction ! Ce n’est donc pas un désintérêt envers ce genre littéraire qui explique ma déception. Au contraire, peut-être ?

Par ailleurs, je ne connaissais pas du tout ce roman, et encore moins son auteur… Avant d’écrire ce billet, je me suis donc un peu promené sur la toile, et j’ai constaté que Le son du cor était considéré par beaucoup comme une oeuvre majeure ! Au temps pour moi…

Quelques mots d’abord sur l’auteur : Sarban est le pseudonyme de John William Wall. Diplomate au Moyen-Orient une grande partie de sa vie, il fut aussi enseignant et travailla pour le service de renseignements du gouvernement britannique. Je signalais plus haut que Le son du cor était considéré comme une référence en science-fiction, mais son auteur n’a pas vraiment été prolifique, puisque outre son roman, ses publications ne comptent que deux ou trois recueils de nouvelles fantastiques, même pas traduites en français…

Wikipedia qualifie ce roman à mi-chemin entre l’uchronie et le roman de monde parallèle. La distinction est purement réthorique : l’histoire se passe dans un monde où les nazis ont gagné la Seconde Guerre Mondiale, plus exactement en l’an 102 du Premier Millénaire Germanique : qu’il s’agisse d’un univers parallèle ou d’une uchronie n’a aucune importance…

En fait, et cela est  même à mon sens le problème majeur de ce roman, le contexte historique n’a pratiquement aucune importance ! L’auteur évoque bien, à un moment, l’existence de groupes de résistants en Grande Bretagne, mais c’est tout : ce n’est pas la présence de l’une de ces résistantes, prisonnière auprès de Alan Querdilion qui change quoi que ce soit.  Pour moi, il s’agit surtout d’une aventure fantastique, où certains être humains se trouvent être considérés comme du gibier par d’autres êtres humains. Mais il n’y a aucune interaction avec le monde extérieur au domaine, ni même pratiquement avec le Grand Maréchal de Louveterie du Reich. Il s’agit finalement d’un simple récit d’aventures, enjolivé d’un contexte uchronique, mais c’est tout. Et c’est dans cette absence de profondeur historique et politique que se situe ma frustration.

Bref, une déception… Je ne dirai même pas que je donnerai une seconde chance à l’auteur, puisqu’il n’y a aucune autre oeuvre disponible en français…

Mais bien sûr, écrit en 1950 et publié en 1952, très peu de temps après la fin de la guerre, donc, on peut comprendre le retentissement que ce roman a connu à sa sortie. Et c’était bien évidemment le premier à aborder le thème d’une victoire allemande lors de la seconde guerre mondiale.

L’avis d’autres blogueurs

Je vous conseille vivement l’analyse de ce roman qu’en a fait Nebal : extrêmement fouillée (il aborde même l’intrigue revisitée du point de vue de Sade !), elle est de plus truffée de références vers d’autres oeuvres, que l’on a bien envie de découvrir, comme par exemple, Le Maître du Haut-Château de Philip K. Dick (que je n’ai pas lu, même si par ailleurs c’est un de mes auteurs SF préférés). Je vous livre sa conclusion :

Reste quoi ? Une uchronie (peut-être) ; un roman séminal (probablement) ; des pages d’horreur impressionnantes (oui) ; une part de fantasme glauque qui épice l’ensemble (aucun doute). Mais aussi un rythme défaillant, et une narration qui en fait les frais ; un jeu d’équilibriste avec le risque de se vautrer dans le ridicule (pas toujours bien négocié…) ; une plume insipide, et qui a plutôt mal vieilli.

Ouf ! je me sens moins seul dans ma déception !

Ailleurs sur la toile

Sur Booknode, Marco Adanson parle de roman à lire, complètement hors norme.

Pour Lekarr76, sur SF Emoi, il s’agit d’un bon livre, court et percutant.

Sur le site des Editions Mnemos, qui ont réédité l’oeuvre l’année dernière, « Le Son du cor déploie tout le potentiel de l’uchronie : une capacité à nous faire réfléchir sur l’histoire, une vision d’un monde à la fois étrange et proche, et une construction romanesque palpitante. » Mais cette présentation ne peut évidemment pas être considérée comme objective 🙁 .

Sur Babelio, Je partage complètement l’avis de Slava :

le point noir est que niveau psychologie des personnages, c’est peu. Quelques lignes et c’est tout, on ne sait rien parfois des passés où motivations intérieurs des autres, même la psychologie d’Alan est austère. Dommage, j’aurais voulu plus de développement.
Quand à la fin, elle m’a parut un peu bâclé, comme si l’auteur voulait vite terminer l’histoire.

Et donc nettement moins en phase avec Maltese, pour qui c’est « un très bon roman de science-fiction, qui va à l’essentiel et garde son lecteur en haleine d’un bout à l’autre. Une réflexion sur le pouvoir et la condition de l’homme très intéressante « .

Challenges et défis

J’avais sélectionné ce roman dans mon hénaurme PAL pour participer au Mois Anglais. Mais il peut également compter pour le Petit Bac 2018 dans la catégorie Art 😉 !


6 pensées sur “Le son du cor (Sarban)”

  1. Et bin les anglais adorent penser que le reich a gagne….il y a beaucoup de livres chez eux qui parlent de cette uchronie…en tout cas je vais passer pour celui-ci….j’ai hate de commencer la trilogie de Jo Walton…et peut-etre un jour Stephen Fry…trop a lire…;) (j’avais adore celle de Ian R. Mac Leod, au passage)…;)

    1. Merci Rachel pour tes références. Je n’en connaissais aucune et j’ai donc un peu cherché. Pour Jo Walton, je suppose que tu parles de la trilogie du Subtil Changement. Bien noté, à l’occasion, j’approfondirai. Pour Mac Leod, je n’ai pas trouvé de trilogie, mais seulement le roman Les îles du Soleil, qui n’a pas l’air mal. Quant à Stephen Fry, je n’ai trouvé aucun ouvrage d’uchronie… Bonne fin de week-end 😉 !

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