De cape et de larmes (BERBEROVA Nina)

De cape et de larmes
(Titre original ?, traduit du russe par Luba Jurgenson)

Nina Berberova

Actes Sud – 1990

90 pages

Quatrième

Elles étaient deux sœurs, Ariane et Sacha, à Pétersbourg en 1920, et les voici ressuscitées sous nos yeux en quelques traits d’une efficacité incomparable. Leur mère est morte et le nouveau régime les contraint de vivre avec leur père dans une précarité insupportable. Ariane décide donc de suivre Samoïlov, un théâtreux marié, et laisse à Sacha, la narratrice, le soin d’en avertir le père, de lui porter ce coup. Vingt ans plus tard, à Paris, Sacha retrouve Samoïlov qui revient du goulag. Ariane est morte, le père aussi… Leur rencontre est comme une apostille sur le destin.
Telles les facettes d’un joyau, les récits de Nina Berberova s’articulent les uns aux autres par l’obsession qui les nourrit : l’immensité de la solitude chez ces exilés de la première immigration qui ont tout perdu dans l’aventure sauf leur âme qu’ils s’efforcent de préserver. Irrésistible de vérité, De cape et de larmes est aussi, comme les récits précédents, étincelant dans l’écriture, éblouissant dans la brièveté !

Incipit

Ma sœur s’appelait Ariane. L’année de mes neuf ans, l’inoubliable année de neige et de famine, elle termina l’école et devint adulte. Au même moment, ma mère mourut à Pétersbourg, dans une clinique froide et déserte. En deux mois notre vie changea du tout au tout, et nous aussi.

Mon avis

Première petite déception dans ces lectures pour le Mois de l’Europe de l’Est. Cette histoire de deux sœurs et de leur père, enfin surtout celle de Sacha, que l’on suit jusqu’à Paris, m’a laissé sur ma faim. Mais la vie de Sacha n’est qu’une longue existence morne et sans passion. On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire, mais il arrive parfois que celle des gens malheureux se résume à bien peu de choses. J’aurais voulu plus de détails, plus d’événements, plus de détails ! C’est sans doute le prix à payer de la brièveté du récit, mais cela n’enlève rien à mon impression de me trouver devant une esquisse, qui donne envie de découvrir l’œuvre dont elle constituerait les prémices, mais qui ne peut, à elle seule, emporter votre adhésion. Bref, je relirai certainement cette auteure que je ne connaissais que de nom, mais je choisirai un roman plus long !

Quoiqu’il en soit, la notion d’exil est au cœur même de l’œuvre, et Nina Berberova en parle très bien (p. 80) :

Il y avait chez lui ce je ne sais quoi d’usé que l’on trouve chez les Russes, cette usure particulière née avec l’exil, et qui ne pouvait finir qu’avec lui. N’y échappent que de rares bons vivants ou des voyous, les autres étant à jamais marqués de son sceau, à commencer par le dos luisant de leur veston, les aisselles malodorantes, et jusqu’aux manchettes trouées, aux cravates en fin de parcours, aux mouchoirs gris.

L’avis d’autres blogueurs

Pour Sahkti, qui lui accorde 4 étoiles, « C’est dense, triste et révoltant » .

Ailleurs sur la toile

Chez Babelio, l’appréciation est également un peu réservée : une note moyenne de  3,6/5 (sur 36 notes) !

Sur le site de L’Antre des mots, vous trouverez un long billet de Jellybelly, très élogieux. Je ne peux m’empêcher de vous citer sa conclusion : « Ce récit, tout empreint de nostalgie, subtil et sensible est comme un poème sur le mal de vivre mais aussi sur la flamme qui ne s’éteint jamais au cœur de ces exilés qui ont beaucoup perdu sauf leur âme. « 

Challenges et défis

Lu entre le 9 et le 10 mars (oui, c’est un peu plus rapide, mais ce n’était quand même qu’un ouvrage de 90 pages…), je poursuivais avec ce roman mon Mois de l’Europe de l’Est, challenge organisé par Eva, Patrice et Goran. Et comme la Russie semble pouvoir être considérée comme un pays européen, ce billet a sa place dans le challenge Voisins Voisines, géré par A propos de livres… Enfin, il s’agit de ma quatrième participation à ma première ligne du Petit Bac 2018, pour la catégorie Objet.

Enfin, pas de problème de prononciation : on entend bien le son « é » dans le titre, et ce billet participe donc à la session 37 de Lire sous la contrainte.

5 pensées sur “De cape et de larmes (BERBEROVA Nina)”

  1. Comment faire d’une pierre « quatre coups » ; que de challenges réussis. Dommage que cette lecture ne t’ait pas intéressé davantage ; très honnêtement, je l’achèterais si je ne lisais que la 4ème de couverture.

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