La nuit des princes charmants (Michel Tremblay)

La nuit des princes charmants
Michel Tremblay

Leméac Editeur : 1995 (isbn : 2-7609-3176-5)
Actes sud : 1995  (isbn 2-7427-0590-2)

221 pages

Quatrième

Une soirée d’opéra qui se transforme en odyssée nocturne au cœur de Montréal, et voilà le narrateur de cette histoire, cynique Candide, courant à la perte… de sa virginité. Du café El Cortijo au cabaret des Quatre Coins du Monde, Michel Tremblay nous invite à refaire le parcours initiatique d’un jeune  » beatnik « , et à découvrir avec lui un monde burlesque de folie et de transgression, où les passions se déchaînent, où partout éclatent le mensonge et la vérité dans l’urgence du désir. L’amour et le plaisir seront-ils au bout du voyage, dans la Nuit des princes charmants ? C’est ce que nous dévoile, avec humour et dérision, l’auteur d’Un ange cornu avec des ailes de tôle et des Chroniques du Plateau Mont-Royal.

Incipit

Tout est en place. Le troisième acte s’est bien installé, les personnages – Mimi, Rodolfo, Marcello – ont eu le temps de nous situer dans l’action : Mimi tousse de plus en plus, Rodolfo prétend vouloir l’abandonner, Marcello se trouve coincé entre eux, éternel confident de deux amants qui s’adorent sans pouvoir se supporter, la musique brasse le tout en rythmes lents qui me font bouger la tête de droite à gauche. J’ai fermé les yeux dès les premières mesures. Je n’ai pas besoin du livret, je connais le texte par cœur.

Mon avis

J’avoue, ce n’était pas gagné d’avance ! Je n’aime pas l’opéra… Je n’ai aucune attirance homosexuelle… Je n’avais jamais lu québecois et encore moins regardé un film québecois : je ne comprends ni l’accent, ni les nombreuses expressions locales.

Mais, le charme de Michel Tremblay a opéré ! Quelle fraîcheur dans ce roman ! On y retrouve tous les émois d’un cœur qui s’éveille à l’amour, et que ce cœur batte plus fort pour une personne du même sexe ou du sexe opposé (n’en déplaise à Guy Béart 😉 ) ne change rien à l’affaire, c’est là le vrai miracle de l’amour !

N’empêche, il ne faut pas faire l’impasse sur le contexte de l’époque à laquelle l’histoire se passe : dans les années 60, au Canada, l’homosexualité est encore punissable par la loi, et l’attitude de l’entourage est souvent un cruel danger. Faire son coming out n’est donc pas facile, et on comprend mieux l’enjeu de cette quête nocturne d’un prince charmant qui fera du narrateur un homme.

Quand je parle d’un prince charmant, je simplifie, car c’est bien à deux désirs parfois contradictoires que notre héros est confronté. Comme il le dit si bien lui-même :

J’étais vierge et pourtant déjà polygame.

Et vous l’aurez compris, ce roman initiatique est raconté avec beaucoup de franchise, beaucoup de fraîcheur, mais aussi beaucoup d’humour.

Je l’écrivais plus haut, l’histoire se passe il y a une cinquantaine d’années, et certains y retrouveront donc peut-être avec quelque nostalgie l’ambiance du Montréal des années soixante. (Ce n’est bien sûr pas mon cas. Non pas que je n’ai pas l’âge de partager une telle nostalgie, mais tout simplement parce que je n’ai jamais mis les pieds au Canada).

A l’époque, la tension entre francophones et anglophones était parfois vive, et Maichel Tremblay n’hésite pas à évoquer le problème :

Il avait suffi qu’un joli anglais s’intéresse à moi pour que je dépose immédiatement les armes, sans même lui demander s’il comprenait un seul mot de français ! Parce que ç’avait été plus facile, plus simple, parce que je savais, en fait, je n’avais pas besoin de le lui demander, qu’on m’avait enseigné sa langue de force, mais que lui n’avait pas été obligé d’apprendre la mienne. Et que si je lui avais répondu en français, il se serait probablement désintéressé de moi !

p. 40

Bref, une merveilleuse découverte pour moi, réalisée dans le cadre du mois québecois (oui, je sais, j’ai beaucoup de retard : j’ai lu ce roman en novembre, mais trouve seulement maintenant le temps d’en rédiger sa critique). Il faudra que je lise d’autres ouvrages de cet auteur. D’autant qu’en préparant ce billet, je viens de découvrir que La nuit des princes charmants a une « suite » !

L’avis d’autres blogueurs

Jeanne (Aux livres de mes ruches) a beaucoup aimé : « Avec son écriture douce et mélodieuse (où l’on entend l’accent québécois, n’en déplaise à certains), Michel Tremblay parvient à nous entraîner dans la folle nuit de son personnage.« 

Lilly également a été « totalement conquise » !

Quant à L’Ivre Lecteur, je ne peux que vous conseiller sa critique : elle est particulièrement complète et enthousiaste !

Mais pour ne pas apparaître partial, j’ai quand même trouvé un avis négatif : « Mon dieu, j’ai cru que je n’arriverais pas à le finir. Non pas qu’il soit long, il est actuellement plutôt court, mais même, j’ai lu plusieurs passages en diagonale tellement j’en avais marre.« 

Ailleurs sur la toile

Allez donc voir Les Caves du Majestic ! Et si l’aspect littéraire cède le pas pour vous à l’aspect homosexualité, consultez donc le site Altersexualité.

Challenges et défis

Comme écrit plus haut, j’ai lu ce bouquin dans le cadre du mois québecois, mais voilà, j’ai trop tardé à le chroniquer… Par contre ce sera la première participation à ma première ligne du Petit Bac 2018. En fait, j’avais le choix : j’aurais pu opter pour la catégorie Passage du temps avec nuit. Mais j’ai finalement choisi charmants pour la catégorie mot positif.

 

 

 

 

 

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